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« Un monde s’écroule sous nos yeux »

Dans ce grand entretien, Frédéric Lordon nous livre ses commentaires et analyses de la crise économique actuelle et de ses origines. Avec un ton incisif et un regard acerbe, il revient sur les causes et effets de la crise elle-même, mais commente également le traitement de l’économie par les médias, la place de l’économie au sein de l’institution universitaire, et l’éventuelle sortie de l’euro. Sonnant le glas du projet néolibéral, l’actualité est, nous dit-il, une occasion unique de changements profonds : un monde s’écroule sous nos yeux.

RdL : Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui est en train d’arriver sous nos yeux, depuis au moins une trentaine d’années, depuis 2008, depuis quelques mois, ces dernières semaines ?

Frédéric Lordon : C’est une leçon de choses historiques. Ouvrons bien les yeux, on n’a pas souvent l’occasion d’en voir de pareilles. Nous assistons à l’écroulement d’un monde et ça va faire du gravât. L’histoire économique, en tout cas celle qui a fait le choix de ne pas être totalement bornée – je veux parler d’auteurs comme Kindleberger, Minsky ou Galbraith – a depuis longtemps médité l’effrayant pouvoir de destruction de la finance libéralisée. Il fallait de puissants intérêts – très évidemment constitués – à la cécité historique pour remettre sur les rails ce train de la finance qui a déjà causé tant de désastres ; en France, comme on sait, c’est la gauche de gouvernement qui s’en est chargée.

De sorte que, à la lumière de ces leçons de l’histoire, on pouvait dès le premier moment de la dérégulation financière annoncer la perspective d’une immense catastrophe, et ce sans pourtant savoir ni où, ni quand, ni comment exactement elle allait se produire. La catastrophe en question aura pris vingt ans pour survenir, mais voilà, nous y sommes.

Notons tout de même qu’un scénario que certains avaient envisagé d’assez longue date considérait l’hypothèse de la succession de crises financières sérieuses, rattrapées mais, aucune des contradictions fondamentales de la finance de marché n’étant résolues, enchaînées selon un ordre de gravité croissante, jusqu’à la big one.

Sous ce rapport, la première crise de la série n’aura pas pris un an pour se manifester puisque le grand krach boursier se produit en 1987… après le big bang de 1986. Puis elles se sont succédé à intervalle moyen de trois ans. Et nous voilà en 2007. 2007, n’est-ce pas, et pas 2010. Car le discours libéral n’a rien de plus pressé que de nous faire avaler l’idée d’une crise des dettes publiques tout à fait autonome, européenne dans son principe, et imputable à une fatalité d’essence de l’État impécunieux. Lire la suite »

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L’échec du multiculturalisme

multiculturalisme thuram rokhaya dialloLes sociétés européennes traversent actuellement ce qu’on pourrait appeler une “crise du multiculturalisme” résultant d’un manque d’intégration de certaines populations extra-européennes (en particulier musulmanes) arrivées massivement et récemment sur le sol européen, ce qui occasionne de profonds bouleversements. Au-delà de la constatation des faits directement visibles, il est intéressant de comprendre les mécanismes qui ont d’abord permis la fragilisation des sociétés européennes de l’intérieur, et en quoi ils sont révélateurs des travers d’une certaine mentalité dite “progressiste”.

Le propre des diverses cultures humaines a toujours été d’introduire dans les rapports humains et les événements sociaux une part de symbolique. Se serrer la main, applaudir (ou siffler) à la fin d’un spectacle, respecter une minute de silence sont par exemple autant d’attitudes qui n’ont pas de signification intrinsèque mais uniquement symbolique dans une culture donnée. De la même manière, les événements collectifs (rencontres sportives, célébrations religieuses, fêtes) comportent également une part de symbolique, dont la portée dépasse souvent l’événement en lui-même : en se réunissant au même moment pour un même motif, on perpétue une tradition, on se rencontre, on partage des mêmes valeurs. L’ensemble de ces traditions, rites, usages que l’on connaît sans les avoir jamais appris explicitement constitue justement la culture, et est propre à chaque peuple, société ou groupe.

Dans toutes les civilisations et, à plus petite échelle, dans toute société, ethnie ou groupe (et c’est particulièrement visible dans les sociétés primitives), ces diverses usages aboutissent à la formations d’éléments structurés et institutionnalisés dont l’usage principal, bien qu’il ne saute pas forcément immédiatement aux yeux, est d’assurer la pérennité de la société en question, sa cohésion ainsi que sa protection face aux influences extérieures. Ces structures sont généralement mises à l’abri de la critique par un système de tabous, c’est-à-dire une censure interne que les membres du groupe ont inconsciemment intériorisée et qui fait que l’on s’interdit de remettre en cause ces symboles, car si on le fait, on contribue à mettre en péril l’édifice sociétal. Dans les sociétés européennes traditionnelles, c’était par exemple l’armée, l’Eglise, la police, la famille, le mariage, les traditions culturelles enracinées, le roman national, qui permettaient cette cohésion, et dont la critique était souvent difficile. Songeons qu’il y a quelques dizaines d’années, des artistes comme Georges Brassens ou Boris Vian avaient eu des ennuis pour des chansons raillant la police ou prônant la désertion, qu’avoir un enfant hors mariage était synonyme d’opprobre, qu’on pouvait interdire un journal (en l’occurrence l’hebdo Hara-Kiri) qui s’était moqué de la mort du général de Gaulle, ou qu’on faisait apprendre aux écoliers français une version idyllique de l’Histoire de France.


Une inversion des valeurs qui fragilise et transforme la société  Lire la suite »

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Le travail gratuit, stade ultime du capitalisme

travail gratuit main qui recoitTravail gratuit : le nouveau rêve de tout libéral (ou capitaliste, ça revient au même dans les faits malgré les dénégations des zozos en question) : déconnecter le travail de la rémunération et du capital. Précarité en hausse, stages qui s’enchainent dans l’espoir de trouver un travail rémunéré au prix “normal.“

A se demander si on ne voit pas naître une nouvelle classe sociale le précariat, à coté du salariat . Et si cette situation ne profite pas involontairement ou volontairement à certains salariés qui exploitent ainsi leur semblables pour éviter de tomber sous des sanctions ou de ne plus progresser dans leur carrière (en gros: font de la lèche et exploitent les stagiaires ni vu ni connu). Ce qui devait faire penser aux marxistes que la classe ouvrière ou le prolétariat (qui inclue pour eux les cadres) peuvent très bien se cannibaliser et toujours dans un même sens : les plus faibles en premier.

Ce phénomène insidieux associé à l’apparition d’une nouvelle aristocratie aboutira si rien n’est fait à une ploutocratie où les salariés mettront leur force de travail en vente dans des marchés aux enchères… Vous allez voir que cela existe déjà !

France : Stages et RSA

Nous avons eu le STO 2.0 pour le RSA présenté par la droite sociale influencée par la droite populaire, qui elle même copie les droites “à droite” de l’union européenne dans un mouvement anti-assistanat qui est en fait chargé de transformer le travailleur ou chômeur pauvre en bouc émissaire. Comme le fait d’ailleurs le troll Mistral depuis qu’il un blog à son effigie.

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