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La régression intellectuelle de la France

France régression intellectuelleLa France des années 2010 ressemble de moins en moins à la France des Lumières et des libres penseurs occidentaux du 19ème siècle, qu’ils soient allemands, anglais ou français. Tel est le sévère constat tracé par Philippe Nemo qui dans un court essai, entre analyse et pamphlet, nous confie qu’il ne reconnaît plus le grand pays intellectuel que fut la France il y a quelques décennies (La régression intellectuelle de la France, Texquis, 2011). En spécialiste de la pensée libérale et de la philosophie politique, Nemo fonde ses conclusions sur une analyse très fine des lois votées par le Parlement qui, sous prétexte de protéger la mémoire et les communautés, interdisent, pour ne pas dire censurent, des propos qui pourtant, bien que pouvant choquer, ont toute leur place dans le débat public. La loi Gayssot est visée, servant d’illustration édifiante à une ambiance d’époque assez bien croquée par l’auteur qui voit l’émergence d’une censure généralisée de l’exposé de certains sujets qu’il ne faut pas aborder et qui font prendre à celui qui s’y engage le risque d’être sévèrement condamnée par la juridiction. Naïfs que nous sommes en tant qu’honnêtes citoyens, nous trouvons en général que ces lois interdisant des tas de propos « méchants » participent d’une bonne intention et d’une paix républicaine. Or, ces lois représentent une régression des libertés et c’est l’intérêt de cette étude sur les « lois censurielles » que de nous alerter sur un « esprit contemporain » qui tend de plus en plus à façonner le paysage intellectuel tout en contraignant quelques thèmes sensibles à être exclus du débat public.

La loi du 29 juillet 1881 régit la liberté d’expression dans la presse depuis plus d’un siècle. Elle est considérée comme fondatrice, héritière des combats pour la liberté menés pendant des décennies, tout en étant interprétée comme une émanation de la déclaration de 1789, date symbolique qui comme le souligne Nemo dans d’autres publications, se démarque de 1793, symbole de la terreur et de la dictature jacobine. Cette loi de 1881 établit le pluralisme des opinions publiques, interdisant uniquement les propos susceptibles de nuire à la dignité des personnes ou à l’ordre public. Sont proscrites, la diffamation, l’injure et l’incitation à l’émeute. D’après Nemo, un premier coup de canif à cette loi fut apporté en 1972, sous le gouvernement Chaban, par la loi Pleven interdisant, au nom de la lutte contre le racisme, l’incitation à la haine. L’auteur insiste sur quelques détails et Dieu sait si le diable est logé dans les détails. Notamment le fait que la haine ne soit pas un acte mais un sentiment, lié à l’intériorité. De plus, on se demande comment établir avec certitude un supposé effet incitatif. Selon Nemo, cette loi ferait régresser le droit pénal en deçà d’Abélard, un droit qui punit des propos avant même qu’ils ne causent des torts et sans qu’on puisse établir avec certitude qu’ils puissent en causer (pour rappel, le droit français impose à l’accusation d’établir avec certitude la preuve du délit) Lire la suite »

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