Comment le gouvernement a baissé artificiellement les chiffres de la délinquance

Guéant et la délinquance

Voilà un chiffre qui tombe bien : le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a annoncé une baisse de 0,34% de la délinquance mardi 17 janvier 2012. Comme chaque année, le discours est bien rodé, Guéant, comme ses prédécesseurs (Besson, Hortefeux) a réponse à tout. Les violences aux personnes augmentent ? Oui, mais le chiffre global de la délinquance baisse. Et la hausse récente des cambriolages ? Guéant a une explication toute trouvée : ce serait lié aux « raids » de « malfaiteurs venus de l’étranger ».

Mais quel est le secret du gouvernement pour toujours obtenir une baisse du chiffre global de la délinquance, statistique fourre-tout qui comptabilise tous les faits constatés par la police et la gendarmerie? Facile : le pouvoir demande aux services de police et de gendarmerie de diminuer le nombre de faits constatés.

On le sait grâce au député socialiste, Jean-Jacques Urvoas, qui avait rendu public sur son blog une note du général d’armée, directeur général de la gendarmerie nationale. Libération avait relayé en octobre dernier les conclusions de cette note dont l’objectif était de « viser un bilan favorable de l’évolution de la délinquance 2011 ». Comment ?

Première consigne : diminuer les « infractions révélées par l’initiative des services » (IRAS). Ce sont ces fameuses infractions qui permettent d’augmenter artificiellement le taux d’élucidation des affaires. Quand on arrête un fumeur de shit, on constate une infraction, et on élucide l’affaire. C’est du 100% de réussite. Sauf que ces IRAS ne sont pas bonnes pour les statistiques de la délinquance générale qui comptabilisent tous les faits constatés. Dans sa note, le général demandait donc de ralentir les IRAS : « on note trop souvent des usages de stupéfiants qui pèsent sur la délinquance globale », écrivait-il.

Deuxième consigne : essayer de limiter les plaintes pour atteintes volontaires à l’intégrité physique. « Les directions destinataires de la note étaient priées de veiller à ce que les enquêteurs «s’attachent à établir la réalité des faits afin de ne pas procéder à l’enregistrement infondé d’agressions», explique Libération. La note justifiait cette prudence par le fait que «les déclarants sont encouragés par le dispositif d’indemnisation à faire état de violences». Le motif est pertinent (ne pas enregistrer de manière infondées des agressions), mais l’idée est évidemment d’éviter que ces enregistrement inopportuns ne viennent gonfler les statistiques ».

Troisième consigne : ne plus prendre en compte les plaintes pour escroqueries et les infractions économiques et financières. « Il n’y a pas lieu d’orienter les victimes vers un dépôt de plainte, car leur indemnisation n’y est pas soumise et la plainte de l’établissement bancaire apportera plus d’éléments nécessaires à l’enquête », écrivait le général. Moins de plaintes, c’est moins de faits constatés dans les statistiques.

Avec de telles consignes, c’est effectivement plus facile de faire baisser le chiffre global de la délinquance.

*** Sources
– L. Borredon, « L’offensive de M. Guéant sur la délinquance étrangère », Le Monde, 18/01/2012
– C. Mathiot, « Comment le pouvoir a fabriqué la baisse de la délinquance », Libération, 17/01/2012

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